Ecouter le Trabuco c’est comme si on avait … le privilège de vivre dans la ville du swing « Privilegio de vivir en la ciudad del swing ». C’est le swing de la musique, de la salsa, du jazz, du son, du cha cha, du mambo, du danzon, de la timba, des sons afro-cubains et internationaux qui en émanent. C’est aussi le swing des danseurs, une musique faite pour et par eux : « la proue pointe vers le danseur, c’est lui qui guide chaque manœuvre ». Mais le Trabuco c’est également une charanga particulière, des musiciens incroyables et un homme : Manuel Perfecto Simonet Perez alias « Manolito ».
En effet le Trabuco c’est d’abord l’ascension musicale d’un homme : Manolito Simonet. Né à Camagüey en 1961, entouré de musiciens dans sa famille (principalement des joueurs de tres) il y apprendra la musique. Autodidacte, il commence d’abord par les percussions vers l’âge de 5, 6 ans puis par le tres (petite guitare cubaine à trois cordes doublées) et le piano ainsi que la guitare et la basse, en intégrant le « Movimiento de Artistas Aficionados » et en prenant des cours privés : « J’ai rejoint le mouvement des amateurs, et c’est là que j’ai appris à jouer du tres et du piano, deux instruments qui ont beaucoup de choses en commun ».
Par la suite, il joue dans différents groupes comme pianiste et tresero avec l’Orquesta Inspiration (actuellement Tinima), la formation rock Lagrimas Negra, l’ensemble de Senen Suarez et le Son 14.
Enfin il intègre la Maravilla de Florida comme pianiste. Il y apprendra à travailler avec des violons. Et surtout grâce à Fernando Cabrera1, il en deviendra son directeur, orchestrateur et compositeur : « Il a été celui qui m’a enseigné l’orchestration, celui qui m’a tout enseigné ».
Fort de cet enrichissement, il ne s’arrêtera pas là et crée en 1993 son propre groupe « Manolito Simonet y su Trabuco2 » : à Cuba « la force, la puissance d’une équipe ». A cela s’ajoute la puissance d’un son, d’une musique. Dés février 1993, le Trabuco est né et est déjà prêt à nous faire danser. En effet, à la surprise générale et à quelques semaines de sa création, il partage déjà la scène avec le mythique groupe « Los Van Van » de Juan Formell.
Ainsi donc, influencé depuis tout petit par les orchestres de type charanga et par son expérience à la Maravilla de Florida, Manolito Simonet s’efforcera de concilier cette musique des années 1940-1950 basée sur une formation traditionnelle (violon, violoncelle, flûte) avec les sons nouveaux et actuels.
De ce fait, dans sa charanga violon, violoncelle, flûte côtoient trompettes, trombones, il y ajoutera piano, congas, basse, tambour, timbales ainsi que batterie et synthétiseur pour les exigences de la danse des grandes foules : « l’orchestre doit se faire entendre bien fort, bien afro ».
Il s’entoure alors de musiciens hors pair et talentueux : Osiris Martinez au clavier, Yuri Noguera à la batterie. Ce dernier sera rejoint plus tard par le batteur Roicel Riveron Mederos qui occupe une place importante au sein du trabuco, énergique, virtuose mais toujours juste. Il aura d’abord étudié le trombone pour s’orienter vers la batterie où il excelle.
On y trouve aussi les fidèles : David Bencomo à la flûte, Orestes Calderon au violoncelle, Eutemio Nicolas Gaston au violon, les trompettistes Cristobal Ferrer et Rafael Arbolaez Suarez, les trombonistes Leonardo Alarcon et Ivanovis Garzon Tabares. La section rythmique, elle, comprend Jorge Luis Guerra au guiro, Eduardo Mora à la basse et Evelio Delfin Ramos Batista au congas.
Pour ce qui est du chant, il s’est entouré, là aussi, de voix incomparables : l’incontournable et charismatique Sixto Llorente « El Indio » (ex membre du groupe Aliamen) un des meilleurs improvisateur de Timba, mais aussi grand amateur de musique traditionnelle et de Son (il le prouve dans son album solo : « Espíritu y tradición ») ; le chanteur et compositeur Ricardo Amaray qui a écrit pour le Trabuco plusieurs titres dont « Amor Matematica », « Saliditas Contigo », « la Ciudad », « Tú Me Dijiste Mentiras » ainsi que pour la Charanga Habanera « « Abusadora », « Ella es como es » ; Rosendo « El Gallo » Diaz qui participa aux cinq premiers albums et qui parti pour rejoindre l’Orchestra Revé.
Ils formèrent alors à l’époque, en plus de Manolito Simonet, un quatuor de rêve, sans oublier les cœurs qui les accompagnent, notamment David Bencomo (aussi flûtiste), Carlos Calunda (ex membre du groupe Klimax, qui chante aussi sur l’album « Se Rompieron Los Termometros ») et Yainnier Rodriguez.
Enfin les deux chanteurs les plus récents à être entrés dans le Trabuco sont Lázaro Alejandro Díaz Casanova « Miami » et Norisley « El Noro » Valladares Gómez ; le premier avec son style particulier, un peu rappeur et ses chorégraphies délirantes, a déjà fait parti de différents groupes dont la Charanga Habanera et Azucar Negra ; le second, lui a remplacé « El Indio » en 2007 mais il avait déjà fait ses armes pendant deux ans avec Maikel Blanco y su Salsa Mayor.
Quant à Manolito Simonet, il jongle entre le piano qu’il affectionne, le chant, la composition des chansons, l’orchestration et la direction du groupe.
Fort de cette équipe, il en extraira un son particulier, une tonalité qui ne sied qu’au Trabuco. En effet, de ses expériences passées, il a un rêve, mélanger les violons traditionnels avec la section des cuivres : « J’ai détourné les violons de leur rôle d’accompagnement pour leur faire jouer les parties des instruments à vent ». Il a aussi perfectionné son travail sur les trombones comme dans la chanson « Marcando la distancia » il dira lui-même que sur cette chanson il a écrit les trombones d’une manière différente et meilleure.
De ce travail, de cette complexité, des musiciens « locos », de cette orchestration qui consiste à répartir les phrases musicales entre les divers instruments d’un groupe, de tout cela il en retire un résultat particulier qui nous permet alors d’écouter une phrase musicale commencée à la flûte se terminer au violon, après avoir fait un passage par les cuivres, le tout ponctué par les percussions et tout cela sans jamais perdre de vue le danseur !!!
De plus, se qui rend le Trabuco différent d’autres groupes actuels cubains, c’est aussi son répertoire et son éclectisme musicale. En effet, sa musique est empreinte de son « Tú Me Dijiste Mentiras » (balade son) « La Rosa Oriental » (son traditionnel), salsa, boléro « esas cosas », cha cha « Se Rompieron Los Termómetros » (cha cha fusion), danzon, guaracha « El Diablo Colorao », timba, jazz, rap… Et dans une même chanson, on peut passer du jazz à la timba en passant aussi par la rumba comme dans la « Raspadura » : « pa’ que escuche la jazz band ».
C’est alors une surprise à chaque nouvelle chanson, ou passé l’intro (parfois un peu jazzy, un peu folk) on se retrouve dans l’univers de la timba (« Hablando en serio », « La Habana Me Llama »), du son ou d’un autre courant (« relampago » avec son univers des années 50 qui vers la fin se termine en timba »). D’autres chansons sont au contraire très rythmées du début à la fin : « Llegó La Música Cubana », « Marcando la distancia », « Comunicate ». D’autres encore sont beaucoup plus lentes comme « Suave », « Loco Por Tu Besos ».
Mais leur point commun, c’est qu’elles sont toutes un hymne à la musique, à la vie, à Cuba. C’est ce qui caractérise et distingue les écrits de Manolito Simonet. Il reste correct tout en s’inspirant du langage de la rue, ce dit populaire mais sans grossièreté ni vulgarité et ne veut faire aucune concession, ni aucun mauvais goût : pour être « populaire, il n’est pas nécessaire de tomber dans des concessions de mauvais goût ». Il obtiendra même pour le texte de la chanson « Llegó La Música Cubana » le prix de poésie Nicolas Guillem.
Ces textes se veulent alors être un miroir de la vie, de la société, de l’amour. On y trouve aussi des expressions de la religion des Yorubas, la Santeria, comme dans la chanson « la raspadura » ou il fait référence à Oggun (maître des métaux, de la guerre, de la montagne et des instruments de labourage) ; ainsi que dans la chanson « fiesta de los Orishas » avec des références à Elegua (dieu des chemins, patron des croisements et gardien des portes) ainsi qu’à Orula (devin et gardien de la connaissance). De même dans la chanson « Sabrosona » il rend un hommage à la musique antologique et son clip vidéo est en noir et blanc. Il obtiendra là encore un énorme succès pour cet album « Hablando en serio ».
En effet les prix vont se succéder au fil des années. Il débute d’abord par une tournée de plusieurs mois en Colombie. Mais son envol ne se fait véritablement qu’à partir de 1994 lorsque le show télévisé « Mi Salsa » lui décernera le prix du meilleur nouveau groupe. Il sera aussi la révélation cubaine de l’année 1997.
Ainsi donc, plusieurs chansons permettrons au Trabuco de se faire connaître et deviendrons de véritables hits : « la Parranda » extrait de l’album « contra todos los pronoticos », « El Aguila » en 1999 (l’album eu une grande répercussion à Cuba ainsi qu’à l’extérieur, il reçu le prix de l’ASCAP – American Society of Composers, Authors and Publishers – dans la catégorie musique tropicale).
En alternance avec les tournées qu’ils font un peu partout (en France, en Italie, en Allemagne, en Suède, en Norvège, en Suisse, au Mexique, au Portugal, au Japon, au Pérou, à Cuba, à Montréal, à New York), ils enchaînent les albums et les titres. Le succès est toujours présent. Le Trabuco s’affirme alors comme un orchestre de danse novateur aussi bien en ce qui concerne sa qualité d’écriture que sa musique, pour preuve « Llegó La Música Cubana », « la Banda de belen », « Locos por mi Habana ».
En 1999, il reçoit grâce à « Marcando la distancia » le grand prix de musique dansante au festival du disque cubain Cubadisco. Il récidive l’année d’après avec « Se Rompieron Los Termómetros ». Quatre ans plus tard, c’est avec l’énorme succès de l’album « Locos por mi Habana » qu’il rafle le prix egrem du disque le plus vendu, le prix de la critique ainsi que le grand prix de la « musica bailable » au cubadisco devant le groupe de Juan Formell y Los Van Van avec leur album « Chapendao ». Enfin, là encore en 2007, il remporte ce fameux prix avec « Hablando en serio ». Quant à leur dernier album « Control », il semble prendre le même chemin.
Le Trabuco est alors considéré comme un des meilleurs groupes de Timba mais pas seulement car il mélange les sons, les rythmes, les instruments, les voix, ce qui lui donne sa propre sonorité, une singularité qui a fait et qui continu à faire son succès. Que dire de plus qui pourrait résumer ce groupe, peut être ça : « Huh…disciplina ».