déc 20 2009
BIOGRAPHIE ET INTERVIEW D’EL ZORRO
» Escrito en Biographies, Discographies, Interview por Salsatimba a las 17:42Ecrit et réalisé par Myriam
Bienvenue dans le repère d’El Zorro où se mélange toute la musique de Cuba. Certains me diront encore (malheureusement) « El Zorro » avec le sergent Garcia. Non El Zorro c’est plutôt ça :
El Zorro c’est la rencontre de deux hommes, deux musiciens, deux continents différents mais qui battent aux mêmes rythmes, ceux de la musique et de Cuba ; l’un est né dedans (Gustavo) l’autre est tombé dedans (Martin) mais au final comme ils le disent si bien « somos hermanos » (nous sommes frères).
El Zorro c’est aussi et surtout le pilier et le fondateur du groupe, le surnom de Martin Richard Lehner : Pianiste, tromboniste, compositeur, producteur. Né en Suisse, il y étudie le jazz, ainsi que le trombone au conservatoire de Winterthur. En 1989 et dans les années qui suivent, il devient professeur de trombone et de théorie musicale à l’école de jazz et à l’université de Zurich, ainsi que directeur du département de Jazz du « Zurich Conservatory Classical and Jazz ».
En même temps il se passionne pour la musique cubaine, joue déjà dans différents groupes. Mais c’est quand il part en 1995 à Cuba pour parfaire ses connaissances que tout change et qu’il en revient avec un projet phénoménal : « El Zorro ».
Ce projet n’aurait pu se faire d’ailleurs sans une autre personne : Gustavo Carlos Duran Anaya « El Buda ». C’est à Santiago de Cuba et à la Havane qu’il y apprend la musique. Tromboniste, il joua d’abord pour l’Orquesta Sinfonica del Oriente et fut membre d’autres groupes dont Los Tainos, Los Kinin, Chan Chan ainsi que les mythiques Sur Caribe et Elio Reve y su Charangon.
De l’amitié entre ces deux hommes, naît alors le groupe « El Zorro ». Dés lors ils ont l’intelligence de mêler les compositions de Martin Richard Lehner, leurs musiques et leurs savoirs aux plus grandes voix de Cuba.
En effet, l’incomparable Mayito Rivera, musicien mais aussi chanteur d’un des plus grands groupes de Cuba « Los Van Van » participe à presque chaque album. Il chantera entre autre « Volando », « Te Fuiste », « Somos Hermanos », « Frio Frio », « Cuarenta y seis », « Llego, Llego ».
Angel Bonne, quant à lui, n’est pas en reste non plus. Musicien, saxophoniste, chanteur, il rejoindra également les « Van Van », participera à d’autres projets comme avec Pupy ou Sur Caribe et intégrera lui aussi l’équipe d’El Zorro. Il y chante « Para », « Te doy me mano », « El Fenomeno », « El Sapo », « Mi Tierra », « La Rumba Te Llama »…
D’autres chanteurs célèbres viennent s’y ajouter. Il y a Roberto Pulido Gonzales (Charanga Forever) avec « Ay, Como Me Sube », Osdalgia (Bamboleo) avec « El Zorro », « Lloro », Nelson Manuel avec « Relajate », « Maria », mais aussi Evelio Jaz Ramos sur l’album « Somos Hermanos ». Entourés de tous ses musiciens de talent, ils nous font rentrer dans leur univers.
En effet, ils nous entraînent sur les rives de Cuba, à la Havane et dans le pays tout entier à travers leur amitié aux sons de la Timba, du Cha Cha Cha, du Son, du Boléro, de la Salsa, du Danzon, du Guaguanco et de la Rumba.
Les textes sont principalement écrits par Martin Richard Lehner et les sujets sont divers et variés. Et bien qu’il s’agisse d’un groupe cubano-suisse, Cuba est là, dans toute sa complexité autant dans la pauvreté, le désespoir, la délinquance (« Oh La Habana ») que dans la joie et l’amitié (« Somos Hermanos », « El Zorro », « Te doy me mano »), ainsi que dans l’amour et la religion.
Il y évoque alors la joie de vivre là -bas le rhum, le soleil, l’amour, la rumba, l’amitié, la vie et ses difficultés. Il y invoque les dieux de la religion Yoruba : entre autre Elegua (dieu des chemins, patron des croisements et gardien des portes) et Orula (devin et gardien de la connaissance).
Teintée de Timba mais pas seulement, leur musique fuse, leur musique est éclectique. Le Cha Cha Cha (« Mi Tierra ») côtoie aussi bien le Boléro (« Te Lo Juro ») que la Timba (« Frio Frio ») ainsi que la salsa romantica (« Sobrenaturalo »).
De leur premier album « La Vida Entera » jusqu’au dernier « Ay, Como Me Sube », on note une évolution certaine. En effet, influencés certainement par les classiques et les grands groupes de Cuba, ils ont su se démarquer et trouver leur style, leur propre rythme et leur propre musique : la patte « El Zorro ».
De la réunion de personnalités diverses, ils ont su créer un groupe à part, c’est ce qui fait leur différence, leur richesse, une complémentarité de chaque instant.
Myriam : La première question qui me vient à l’esprit, c’est pourquoi El Zorro ? Pourquoi ce surnom ?
Martin Richard Lehner : Lorsque je me suis rendu pour la deuxième fois à Cuba, j’avais quelques compositions originales dans mes bagages. L’idée était de présenter à Gustavo et à d’autres musiciens cubains mes nouvelles compositions. J’étais curieux de connaître leurs opinions. Une grande partie de ces musiciens cubains ne pouvait pas croire qu’un type suisse, comme moi, ai pu écrire ces airs-là. Donc, ils m’ont appelé « Zorro » (le renard). Ce qui signifie que je suis un garçon futé, intelligent et habile. Vu que j’avais hérité de ce surnom typiquement Cubain « El Zorro », j’ai donc décidé de l’utiliser pour ce projet suisso-cubain.
Myriam : D’où vous vient votre passion pour la musique cubaine ?
Martin Richard Lehner : Au cours de mes études de musique, j’ai commencé à jouer de la musique latine et de la Salsa. Et bien sûr, à un moment donné, j’ai découvert la richesse de la musique cubaine. La salsa cubaine (appelée Timba) est riche de la culture musicale cubaine, comme le Danzon, le Son, le Guaguanco (la rumba cubaine), la Santeria (les rythmes religieux). Elle est aussi mélangée à des éléments nouveaux de différents styles musicaux tels que le Jazz, le Funk, le Rock, la Pop et le Hip Hop. Cette combinaison rend la Timba très complexe et intéressante. Je n’ai jamais vu un pays avec un tel niveau de compréhension de la complexité musicale comme Cuba. Du bébé à la grand-mère, l’ensemble du pays danse sur la Timba, et la Timba (je vous parle en connaisseur) n’est pas une oeuvre musicale facile.
Myriam : Quels sont les groupes cubains qui vous ont le plus influencés ou qui vous inspirent le plus ?
Martin Richard Lehner : Au début, il y eut le magnifique groupe Los Van Van, plus tard, la Charanga Habanera (timba Creasy-bands) et Manolin « El Médico de la Salsa ». Egalement Paulito F.G. mais pas seulement en hommage au chanteur Paulito, en hommage aussi aux deux des plus grands arrangeurs de la musique cubaine : Juan Manuel Ceruto et Joaquín Betancourt. Enfin j’aime aussi Issac Delgado, Manolito, Bamboleo et Maravillas de Florida. Pour le moment, je ne suis pas vraiment influencé par un groupe cubain, mais je suis devenu un grand fan du groupe « Guaco » du Venezuela.
Myriam : Même si on connaît un peu votre histoire, racontez nous votre rencontre avec Gustavo Carlos Duran Anaya « El Buda ».
Martin Richard Lehner : La première fois où j’ai voyagé pendant 4 semaines à Cuba, j’ai passé 2 semaines à Santiago. Chaque matin, j’ai eu là, quelques leçons de percussions. Pour ne pas perdre la main (pour l’entretien) j’ai aussi pratiqué le trombone et pour cela je jouais sur une terrasse. Donc tout le monde pouvait m’écouter jouer dans le quartier. Un matin, Frankis un tromboniste cubain est passé dans la rue, histoire de savoir qui diable jouait ici. Plus tard Frankis m’a présenté Gustavo. Tous les deux, Frankis et Gustavo jouaient dans l’orchestre symphonique de Santiago. J’ai passé des moments agréables et intéressants avec Gustavo, et ainsi nous sommes devenus amis.
Myriam : Comment vous est venue l’idée de créer un groupe ? Et d’y associer de grands chanteurs tels que Mayito Rivera et Angel Bonne ?
Martin Richard Lehner : Depuis 8 ans, j’ai une formation suisse d’El Zorro. Cela signifie que je joue, principalement en Suisse, avec des musiciens suisses et cubains (vivant en Suisse). En novembre 2009, le Festival « Aqui Cuba » m’a fait une offre très intéressante pour jouer au festival et inviter Angel Bonne en guest star. Nous avons eu beaucoup de plaisir à jouer quelques concerts avec Angel, et nous avons eu beaucoup de succès alors nous avons décidé d’organiser d’autres concerts au mois de juillet 2010. Nous allons jouer en Suisse, en Pologne, en Italie et peut-être à nouveau en France. Nous verrons ce que l’avenir nous réserve.
Myriam : En tant que parolier, d’où vous vient votre inspiration ? Avez-vous des thèmes privilégiés ?
Martin Richard Lehner : Très bonne question, je ne sais vraiment pas. Parfois, j’entends une phrase, une partie du texte d’une chanson et après, je pense, « oh cela pourrait être un thème sympa pour une nouvelle chanson. » Une autre fois, je regardais les nouvelles à la télé et j’ai vu des gens se battre pour des raisons religieuses. Après cela, il fut évident pour moi que je devais écrire une chanson pour dénoncer cette folie. Cela a donné la chanson «Para! ». Le plus populaire est le thème de l’amour dans mes chansons. La relation entre un homme et une femme est encore un thème important dans la vie de chacun.
Myriam : A votre avis en quoi votre musique sort-elle du lot ?
Martin Richard Lehner : La différence vient de mon héritage culturel. J’ai grandi en écoutant toutes sortes de musiques à la radio. La Suisse n’a pas vraiment sa propre musique. Hormis certains yodels, mais, sérieusement, oubliez cela. La Suisse n’a pas d’origine ethnique. Nous sommes issus de différentes nations.
Je tiens donc à dire que je ne suis pas enfermé dans un type particulier de musique. La plupart des compositeurs cubains pensent d’abord au groove (à l’aspect rythmique) et ensuite à la mélodie et à l’harmonie. Réfléchissez à cela, « combien de succès internationaux cubains y a t-il eu dans le passé? » Bon, vous vous souvenez de quelques uns. Faites la même chose avec la musique brésilienne, et vous obtiendrez beaucoup plus de mélodies à succès. Je tiens à expliquer que les Cubains sont très forts dans les rythmes mais pas vraiment dans les mélodies. Lorsque je compose la musique, je pense indifféremment le groove, les harmonies et les mélodies en même temps, et peut-être que cela me donne des résultats différents, comme d’autres groupes cubains.
Myriam : Comment le groupe « El Zorro » est-il perçu en Suisse ?
Martin Richard Lehner : Très, très mal. Malheureusement, un « Prophète » n’a pas les honneurs dans son propre pays. J’ai beaucoup plus de succès en Italie, en Espagne, en France et en Allemagne.
Myriam : Envisagez-vous de faire une tournée en Europe ?
Martin Richard Lehner : Oui, je suis maintenant en train d’organiser quelques concerts en Juillet 2010 à nouveau avec Angel Bonne. Nous allons jouer en Suisse, en Pologne, en Italie et peut-être à nouveau en France.
Myriam : Y a-t-il un cinquième CD en préparation et si oui, peut-on s’attendre à des surprises ?
Martin Richard Lehner : Oui, il y a un 5ième CD en préparation, et il y aura un tas de surprises. J’espère que la production sera achevée pour l’été 2010. Je sais que certains auditeurs aimeront la musique et d’autres pas. Comment puis-je le savoir? La seule chose que je sais c’est qu’il y aura de nombreuses nouveautés dans les prochains CD. Exactement comme vous l’écrivez dans la biographie, tout nouveau CD est une nouvelle étape vers une orientation nouvelle. La musique doit vivre et la musique doit changer, doit se développer, sinon, elle meurt.
Myriam : Enfin désirez vous laissez un petit message à votre public français.
Martin Richard Lehner : Pas vraiment un message, mais leur dire merci à tous d’écouter ma musique … (et bien sûr demander de télécharger légalement sur un portail Internet ou d’acheter les CD dans un magasin).
El Zorro
Martin Richard Lehner
Discographie :
Discographie
2003 : La Vida Entera
2005 : Somos Hermanos
2007 : Volando
2008 : Ay, Como Me Sube


Les sources:
http://www.elzorro.ch/
http://www.salsafrance.com/article.php3?id_article=367
http://aquicuba.free.fr/programme.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/El_Zorro
http://salsa.typepad.com/couleursalsa/2008/04/el-zorro-ay-com.html
http://salsa.typepad.com/couleursalsa/2007/08/el-zorro-voland.html
Bravo et merci pour cette chouette interview !